L’agilité a enfin un visage

valeursandcoTardigrade

L’agilité a enfin un visage : celui du tardigrade, autrement appelé l’ourson d’eau.

Peu sexy me direz-vous, encore que finalement, les goûts et les couleurs…

Mais revenons à nos moutons, enfin à nos oursons 😉

Les tardigrades sont des animaux minuscules – 0,5mm de longueur en moyenne – dotés de huit petites pattes terminées par des griffes non rétractibles.

Leur nom vient du latin tardigrada qui signifie « marcheur lent » ; à l’observation, leur démarche pourrait d’ailleurs être qualifiée de nonchalante voire même de pataude.

Jusque-là point et au contraire d’agilité.

 

Leur particularité est de vivre dans différents milieux partout sur la planète, des régions polaires à l’équateur, préférant les zones envahies de mousse, comme les forêts et la toundra, car le lichen est leur aliment préféré.

Mais plus encore, ces animaux sont extrêmophiles, ils figurent parmi les animaux les plus résistants.

Leur capacité de résistance a été constatée dans différents environnements ou contextes :

  • Le froid (zéro absolu)
  • La chaleur (150°C)
  • La pression (600 méga pascals soit l’équivalent d’une pression mesurée dans un océan à 60km sous le niveau de l’eau)
  • Les doses de radiation (570.000 rads – pour rappel, l’homme peut être tué à une dose de 500 rads)
  • Le vide spatial

 

Quel est ou plutôt quels sont leurs secrets ?

Les tardigrades ont la capacité d’arrêter le fonctionnement de leur organisme, et entrent en cryptobiose. Ils rétractent leurs huit pattes et déshydratent presque complètement leur organisme (perte de plus de 99 % de leur eau), remplaçant l’eau à l’intérieur de leurs cellules par un sucre qu’il sécrète comme une sorte d’antigel. Pour compléter la protection, ils s’entourent d’une pellicule de cire microscopique – un mini sac de couchage. Lors du retour à des conditions dites normales, l’ourson d’eau redevient actif en une durée qui va de quelques minutes à quelques heures.

 

Ensuite, au cours du processus de réhydratation, les tardigrades peuvent réparer leur propre ADN endommagé et ressortir indemnes de cette phase de déshydratation extrême.

Autre secret récemment percé par les scientifiques : le transfert horizontal des gènes.

Kézako ? Les tardigrades détiennent le plus de gènes étrangers que tout animal étudié jusqu’à présent. Un sixième environ de leur génome a été subtilisé à d’autres espèces.

 

Bon, impressionnant me direz-vous mais quel est le lien avec l’agilité ?

L’agilité organisationnelle représente une capacité d’adaptation permanente de l’entreprise en réponse à un environnement caractérisé par la complexité, la turbulence et l’incertitude (Goldman, Nagel et Preiss 95).

Les leviers de l’agilité organisationnelle sont de deux types :

  • des leviers reconfigurables : les processus (faible routinisation), les RH (comportements et état d’esprit), la structure et l’organisation (design adaptable), la technologie (fluidité et partage de l’information)
  • des leviers stables et partagés autour de la stratégie (valeurs, vision et objectifs)

 

Les capacités de l’entreprise agile sont de trois sortes :

  • la capacité à mobiliser une réponse rapide
  • la capacité à lire son environnement (facteurs endogènes et exogènes)
  • la capacité à intégrer l’apprentissage organisationnel

 

Quelque soit la complexité, la turbulence ou l’incertitude de son environnement, le tardigrade de par la reconfiguration permanente de sa structure, de son comportement, de ses processus, de sa technique incarne admirablement bien l’agilité.

 

Pour aller plus loin

Cryptobiose et reviviscence chez les animaux, le vivant et la structure – Stéphane Tirard

« La cryptobiose n’est pas seulement une capacité à résister à des conditions extérieures drastiques, elle est également un aménagement du temps biologique de l’individu; elle se caractérise autant par la résistance des animaux qui sont dans cet état que par la discontinuité de la vie active qu’elle induit. »

La cryptobiose est un état véritablement comparable à la mort’ (Barnes, 1994) à une différence près pourtant, et elle est cruciale: en état de cryptobiose, si l’activité et les échanges de matière et d’énergie sont réduits au point d’être indécelables, la structure complexe de la matière vivante est préservée et c’est bien sur elle que repose la reprise de l’activité ultérieure! »

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